Critique, Littérature, Québec

Kim Thúy : la beauté de la langue

Petits mots tout doux, forte verve, l’écriture de Kim Thúy ne laisse personne indifférent. La Québécoise d’origine vietnamienne écrit des romans suaves, empreints d’une sensualité propre à l’imaginaire de l’Orient. L’intimité qui se crée entre le narrateur et le narrataire saupoudre les pages d’un voile étincelant aux odeurs de jasmin. Si vous aimez une plume généreuse et érudite, l’œuvre de Kim Thúy est pour vous.

Quatre romans forment l’œuvre littéraire de Kim Thúy : Ru, À toi, Mãn et Vi. Ce qui les relie est leur rapport à l’Histoire. La narration s’interroge et pose les bases d’un développement selon son monde plutôt que par l’Histoire. La place offerte à la notion d’identité dans le roman, depuis toujours, recèle d’alternatives afin de tirer divers enseignements par un discours réinventé, réévalué, tout en partageant ce savoir intime. Il y a donc diverses manières d’aborder la question de l’identité et Kim Thúy use de ces procédés afin de peindre son univers. Au fil de ma lecture, je sentais qu’il y avait quelque chose d’insaisissable, qu’une conscience anonyme me chuchotait les dépositions renvoyant à la réalité de chaque personnage. En tant que lectrice, je ressens le besoin – inconscient – de remplir un vide identitaire et d’apprendre ce qui m’est éloigné par mon statut social. Comprendre par la littérature renvoie à la nécessité du lecteur contemporain; trouver des réponses, un bonheur dans la littérature, se trouver lui-même.

Aujourd’hui, le mouvement littéraire de l’autofiction et de l’autobiographie entraîne un intérêt pour la vie humaine et l’intimité profonde des écrivains. Même si l’œuvre est fiction, ce que partage Kim Thúy avec le lecteur est profondément personnel. Ses livres sont à la première personne du singulier et cela offre un effet intéressant sur l’expérience en général – des formes d’expériences dont les lecteurs n’ont pas nécessairement accès. Donc, en partant d’une matière réelle et fixe (son passé à Saigon, son exil de boat people, sa jeunesse au Québec), Kim Thúy propose une réinvention du récit grâce à sa narration chaleureuse, presque maternelle. Bref, tout en parlant de soi, elle évoque autrui ainsi que la perte d’idéaux intimes et collectifs. Cette forme de narration crée une identité présente, concrète avec les interventions de photos, de souvenirs, d’odeurs, de saveurs, mais aussi invisible, omnisciente, introduisant le collectif dans les fondements de l’intime.

Il s’est révélé que Kim Thúy est en lice pour remporter The New Academy Prize in Literature 2018 et oppose Haruki Murakami (Kafka sur le rivage, 1Q84, La Fin des temps), Maryse Condé (Moi, Tituba sorcière…, La Belle Créole, En attendant la montée des eaux) et Neil Gaiman (American Gods, L’Océan au bout du chemin, Stardust). Le ou la lauréat.e sera dévoilé le 12 octobre 2018.

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